Monday, July 7, 2014


Car c'est le prix du voyage, c'est la peur. Il brise en nous une sorte de décor interieur. Il n'est plus possible de tricher – de se masquer derrière des heures de bureau et de chantier (ces heures contre lesquelles nous protestons si fort et qui nous défendent si sûrement contre la souffrance d'être seul). [...] Le voyage nous ôte ce refuge. Lois des nôtres, de notre langue, arrachés à tous nos appuis, privés de nos masques (on ne connaît pas le tarif des tramways et tout est comme ça), nous sommes tout entiers à la surface de nous-mêmes. Mais aussi, à nous sentir l'âme malade, nous rendons à chaque être, à chaque objet, sa valeur de miracle.

Albert Camus, "Amour de vivre", 109.

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